A propos de

Rahmatou KEÏTA

Quand j’étais petite, à Niamey, le cinéma était magique. À Lakuruusu, dans mon quartier, la Reine de Saba et Cléopâtre qu’on croyait africaines avaient subitement pris des traits de femmes blanches, à travers ceux de Gina Lollobrigida et de Liz Taylor. À voir les affiches des films, on avait tout faux… Nous ne connaissions absolument rien à notre histoire, avant que le cinéma arrive chez nous.

Certains soirs, on frisait l’émeute parce que Ramsès II alias Yull Brynner ressuscitait dans les 7 Samouraï ou Charlton Heston qu’on avait vu la veille, en Moïse, était devenu El Cid …

Certains soirs, on frisait l’émeute parce que Ramsès II alias Yull Brynner ressuscitait dans les 7 Samouraï ou Charlton Heston qu’on avait vu la veille, en Moïse, était devenu El Cid …

Il faut dire qu’à cette époque, le cinéma était une affaire de Blancs. Et ces Blancs-là avaient quelque chose de divin. L’image avait une telle force que pas une seconde, nous ne mettions en doute ce que nous voyions sur l’écran. Jusqu’au jour où apparurent nos acteurs à nous.

Les hommes n’étaient pas de ces héros hollywoodiens auxquels nous étions habitués. Les femmes n’étaient ni des vamps, ni des stars. Ils étaient normaux. Ils avaient une couleur normale. Un physique normal… Des êtres humains, en somme. Ça a été un choc pour tout le monde.